Ce poème nous a été envoyé par M. Fauconnier, ancien Chapellois, qui réside en France.
Mes Gilles !
De ce matin tout gris, troublant la quiétude,
Au loin, se fait entendre un battement nerveux
De tambours ……
C’est cela ! …
J’en ai la certitude.
Maintenant, j’en saisi le rythme capricieux,
Saccadé, violent … Et sa vive cadence
Fait palpiter mon cœur et tressaillir ma chair ;
Tout mon être frémit ; tout en émoi, déjà, danse
A ce soudain rappel de souvenirs si chers.
La voix de ces tambours, qui grandit, s’amplifie,
Résonne dans l’espace et l’écho retentit
Comme en ces jours lointains que jamais on n’oublie
Parce que rappelant ce bonheur infini
Dont mon cœur fut comblé dès ma tendre jeunesse :
Chaque année venaient tous ces joyeux tambours
Précurseurs d’un printemps plein de folles promesses
Saluant le départ de l’hiver triste et lourd.
Je ressentais alors une émotion nouvelle !
Chaque fois, j’ai trouvé vos accents plus jolis
Et votre grosse voix me semblait solennelle,
Beaux tambours qui battaient, qui battaient sans répit.
Comme je me souviens de ce jour féerique
Qui semblait se lever sous l’appel de vos voix
Quand, au lointain, chantaient vos baguettes magiques
Et que vos roulements me remplissaient d’émoi !
Je suivais vos échos …… Je guettais votre approche
Et quand je vous voyais au tournant d’un chemin
Et que, joyeusement, sautillaient vos mailloches,
Je trépignais, criais et battais des deux mains,
Riant, courant, dansant, plein d’un bonheur immense
Qui grandissait encore quand les Gilles venaient
Comme un rêve doré, rêve de mon enfance
Qui, trop tôt disparu, tous les ans renaissait …
Mais voilà tout-à-coup qu’éclate la musique ;
Le rire de mon cœur se transforme en sanglot
Car je revois surgir mes Gilles magnifiques
Dont tinte la sonnaille et claquent les sabots !
Je revois s’agiter les superbes panaches
Qui flottaient au dessus de vos jolis chapeaux
Où chaque plume rose et la blanche sans tache
Etaient comme les fleurs d’un parterre si beau
Dans lequel se pressaient les teintes les plus tendres :
Du vert, du bleu, du jaune, en des bouquets géants
Qui tournoyaient dans l’air et puis semblaient s’épandre
Et qui s’embellissaient encore en grandissant.
Je vois vos longs rubans de soie large et fine
Fièrement se poser sur vos dos arrondis
Et mêler leurs couleurs aux fraîches pèlerines
De dentelle légère aux dessins si jolis !
Je vois cette ceinture à deux rangs de clochettes
Et sur votre poitrine un superbe grelot …
Je revois ces lions, étoiles et paillettes
Garnissant vos habits … Je revois vos sabots !
Vos paniers débordant d’oranges succulentes,
De vrais petits soleils, véritables fruits d’or …
Je revois tout cela dans cette heure émouvante
Et mon plaisir grandit, prend un nouvel essor
Car, maintenant, les voix, les tambours, les fanfares
Ont envahi la place aux antiques maisons
Et, dans le vif émoi dont mon être s’empare,
Je vois paraître enfin le cortège dansant
Des somptueux chapeaux qui sautillent sans cesse.
Dansez ! Gilles si frais, mascarades joyeux,
Et claquez vos sabots, semez votre allégresse !
Faites rire mon cœur ! Faites rire mes yeux !
Je veux vous voir encore, encore vous entendre.
Je veux que se prolonge, en mon être ravi,
Cet instant merveilleux, cette vision si tendre.
Je veux éloigner l’heure où tout sera fini.
Oh ! Mes Gilles ! Dansez en des rondes heureuses !
Que tintent les grelots !
Tournoyez aux accents des fanfares joyeuses !
Que claquent vos sabots !
Que chantent vos tambours aux mailloches nerveuses !